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La Gestion de la Dette Publique

Une sortie de l’euro aurait, entre autres, pour implication d’obliger le gouvernement à reprendre le contrôle de la Banque de France. On étudie dans cette note les possibles avantages pour la charge des intérêts de la dette française, intérêts qui pèsent actuellement plus de 2% du PIB dans les dépenses publiques.

 

Qu’appelle-t-on la dette publique ?

Il convient ici de rappeler que le montant total de la dette qui est utilisé dans la presse et les médias est ce que l’on appelle la dette « au sens du traité de Maastricht ». Elle inclut la dette de l’Etat et celle des administrations publiques.

  1. La dette de l’État est le total des engagements financiers de l’État. Elle résulte du cumul des besoins de financement de l’État, c’est-à-dire de la différence, année après année, entre ses recettes et ses dépenses. Il existe une dette négociable, contractée sous la forme d’instruments financiers échangeables sur les marchés financiers et une dette non négociable, correspondant aux dépôts de certains organismes (collectivités territoriales, établissements publics, etc.) sur le compte du Trésor et qui constitue, elle aussi, un moyen de financement de l’État.
  2. La dette des administrations publiques au sens du Traité de Maastricht mesure l’ensemble des engagements financiers bruts des administrations publiques, à l’exception des crédits commerciaux et autres décalages de paiement. Il s’agit d’une dette brute, ce qui signifie que les avoirs financiers des administrations publiques (dépôts monétaires du Trésor auprès de la Banque de France, pensions, participations de l’État, placements en valeurs mobilières des caisses de retraite) ne viennent pas en déduction de celle-ci. La dette Maastricht est mesurée en valeur nominale et elle est consolidée, autrement dit elle exclut les dettes contractées entre les administrations publiques, notamment les dépôts des collectivités locales auprès du Trésor public.

Le champ des administrations publiques comprend :

  • – les administrations centrales, c’est à dire l’État (budget général, comptes spéciaux du Trésor, budgets annexes) et les  » organismes divers d’administration centrale  » qui incluent plusieurs centaines d’établissements de statut public ou privé, comme le CNRS, le CEA, l’ADEME, les grandes écoles, les universités, des musées. Le critère de classement d’un organisme dans la sphère des administrations publiques n’est pas son statut juridique, mais la structure de son compte d’exploitation (part du coût de fonctionnement financé par des recettes marchandes).
  • – les administrations publiques locales, qui regroupent les collectivités locales, établissements publics locaux, les organismes consulaires, les caisses des écoles, et tous les organismes publics ou parapublics financés majoritairement par les collectivités locales.
  • – les administrations de Sécurité sociale, c’est à dire l’ensemble des régimes obligatoires de Sécurité sociale, les organismes qui en gèrent le financement (ACOSS, CADES..), ainsi que les organismes financés par ces régimes.

 

Il faut alors noter que l’Agence France Trésor ne gère que la dette de l’État. Ceci passe par l’émission de divers titres.

  1. Les bons du Trésor à taux fixe et à intérêt précompté (ou BTF), qui sont des titres assimilables du Trésor à court terme, de maturité initiale inférieure ou égale à un an.
  2. Les BTAN et les OAT. Les BTAN sont bons du Trésor à taux fixe et intérêts annuels (BTAN) qui, comme les BTF, sont des bons du Trésor négociables d’une maturité à l’origine de 2 à 5 ans. Leur coupure nominale est de 1 € et leur remboursement s’effectue in fine au pair à la date d’échéance. Les OAT constituent, depuis 1985 la forme privilégiée du financement à long terme de l’État. Ce sont des titres assimilables, d’une maturité à l’origine de 2 à 50 ans, émis habituellement par voie d’adjudication dans le cadre d’un calendrier annuel publié à l’avance. La technique de l’assimilation consiste à rattacher une nouvelle émission à une tranche d’emprunt émise antérieurement (ce que l’on appelle aussi le « roulement » de la dette. L’État a ainsi la possibilité d’émettre des tranches d’emprunts dont le prix d’émission est ajusté par l’évolution du marché, mais dont les caractéristiques restent identiques à celles de l’émission initiale. Ces OAT comprennent, outre les OAT dites « normales » les OAT particulières suivantes :
  1. (a) OAT-Verte. Il s’agit d’une obligation verte ou « Green Bond » soit une obligation pour laquelle l’usage des fonds est dédié à un projet (ou ensemble de projets) engendrant un impact environnemental positif. Elle se distingue d’une obligation classique par une information précise et spécifique sur les investissements qu’elle finance et leur caractère vert tout en impliquant un risque financier identique pour les investisseurs.
  2. (b) OATi. L’État a émis, pour la première fois le 15 septembre 1998, une OAT indexée sur l’indice des prix à la consommation en France (OATi). Depuis ces dates, l’AFT s’est engagée à émettre de manière régulière et transparente des titres indexés sur l’inflation et à construire deux courbes réelles, l’une indexée sur l’inflation française, l’autre sur l’inflation européenne. Ainsi, l’AFT émet environ autour de 10 % de son programme d’émissions annuel via ces titres, et significativement plus si la demande le justifie (12 % en 2008, 7,5 % en 2009, 10,8 % en 2010, 10,9 % en 2011, 9,6 % en 2012, 9,9 % en 2013, 10,2 % en 2014).
  3. (c) OAT-EI. Il s’agit d’OAT indexée sur l’indice des prix de la zone euro (OAT€i). Les OATi et OAT€i sont destinées à toutes les catégories d’investisseurs désirant protéger le pouvoir d’achat de leurs investissements, améliorer l’adossement de leur passif, ou diversifier la composition de leur portefeuille. Elles s’adressent tant aux investisseurs institutionnels – entreprise d’assurance, caisses de retraite et de prévoyance, gestionnaires d’actifs, banques, etc… – résidents ou non-résidents, qu’aux particuliers.

Le remboursement de l’OAT s’effectue par application de la formule : nominal x coefficient d’indexation. Au cas où la référence quotidienne d’inflation à maturité serait inférieure à la référence de base, le remboursement est garanti égal au nominal.

 

Impact d’un refinancement à taux très faible (dit taux 0%) par la Banque de France

L’agence France-Trésor avait émise en décembre 2016 environ 144 milliards d’euros en BTF, dont la maturité moyenne était de 117 jours. Elle avait émise 1 482 milliards en BTAN et OAT, soit un total de 1 627 milliards d’euros. On rappelle que ceci n’est pas la somme de la dette publique française « au sens du traité de Maastricht » qui inclut les administrations publiques. Le calcul qui suit porte uniquement sur les BTAN et OAT. Le coût annuel des intérêts est de 38,791 milliards d’euros (soit 1,9% du PIB). Sur ces 1627 milliards, 60,1% sont détenus par des non-résidents soit 977,8 milliards.

 

Etat de la dette gérée par l’AFT (BTAN et OAT) au 30 décembre 2016

 

TypeDate de maturitéMontants (en milliards)intérêtMontant (en milliards)
BTAN25 février 201716,461,75%0,288
OAT25 avril 201727,4323,75%1,029
BTAN25 juillet 201719,5031,00%0,195
OATi25 juillet 201718,7341,00%0,187
OAT25 octobre 201733,744,25%1,434
OAT25 février 201817,5470,00%0,000
OAT25 avril 201831,5324,00%1,261
OAT25 mai 201822,5061,00%0,225
OAT-EI25 juillet 201811,7460,25%0,029
OAT25 octobre 201829,5024,25%1,254
OAT25 novembre 201822,2651,00%0,223
OAT25 février 201919,3130,00%0,000
OAT25 avril 201931,4784,25%1,338
OAT25 mai 201923,0951,00%0,231
OATi25 juillet 201912,5641,30%0,163
OAT25 octobre 20198,84448,50%0,752
OAT25 octobre 201935,413,75%1,328
OAT25 novembre 201928,7370,50%0,144
OAT-cap31 décembre 20190,0329,82%0,003
OAT25 avril 202033,9273,50%1,187
OAT25 mai 202022,9690,00%0,000
OAT-EI25 juillet 202024,8662,25%0,559
OAT25 octobre 202032,5622,25%0,733
OAT25 novembre 202024,7820,25%0,062
OAT-EI1 mars 20214,0970,10%0,004
OAT25 avril 202139,3523,75%1,476
OAT25 mai 202121,8520,00%0,000
OATi25 juillet 20216,9430,10%0,007
OAT25 octobre 202139,8913,25%1,296
OAT25 avril 20221,2448,25%0,103
OAT25 avril 202242,7033,00%1,281
OAT25 mai 20224,2310,00%0,000
OAT-EI25 juillet 202219,5141,10%0,215
OAT25 octobre 202230,0522,25%0,676
OAT25 avril 202310,6068,25%0,875
OAT25 mai 202335,2371,75%0,617
OATi25 juillet 202316,8342,10%0,354
OAT25 octobre 202343,1854,25%1,835
OAT25 mai 202433,1252,25%0,745
OAT-EI25 juillet 202413,880,25%0,035
OAT25 novembre 202430,2351,75%0,529
OATi1 mars 20256,8610,10%0,007
OAT25 mai 202532,870,50%0,164
OAT25 octobre 202526,046,00%1,562
OAT25 novembre 202525,5721,00%0,256
OAT25 avril 202635,8143,50%1,253
OAT25 mai 202627,5220,50%0,138
OAT25 novembre 202615,3330,25%0,038
OAT-EI25 juillet 202714,791,85%0,274
OAT25 octobre 202735,0293,40%1,191
OAT-0 coupon28 mars 20280,02380,000
OAT25 mai 202929,0925,50%1,600
OAT-i25 juillet 202910,9773,40%0,373
OAT25 mai 203031,0232,50%0,776
OAT-EI25 juillet 20308,0760,70%0,057
OAT25 mai 203123,5131,50%0,353
OAT-EI25 juillet 203312,6033,15%0,397
OAT25 octobre 203230,2845,75%1,741
OAT25 avril 203526,6784,75%1,267
OAT25 mai 203614,4111,25%0,180
OAT25 octobre 203826,5344,00%1,061
OAT-EI25 juillet 204012,6241,80%0,227
OAT25 avril 204129,294,50%1,318
OAT25 mai 204522,43,25%0,728
OAT-EI25 juillet 20474,5620,10%0,005
OAT25 avril 205514,9264,00%0,597
OAT25 avril 206011,9184,00%0,477
OAT25 mai 20664,4391,75%0,078
TOTAL1475,73238,791

 

On fait alors deux hypothèses. On suppose tout d’abord qu’à la suite de l’élection présidentielle d’avril-mai 2017, le nouveau gouvernement prend la décision de faire financer tout le roulement de la dette existante et le financement de la nouvelle dette par la Banque de France, à un taux quasiment nul. On obtient alors l’évolution suivante des remboursements sur les 5 années du mandat du Président :

Tableau 1

Hypothèse 1 : gains liés au refinancement à taux « 0% »

2017 (mai-décembre)20182019202020212022 (janvier-avril)
Coût annuel supposé38,79138,79138,79138,79138,79138,791
Coût dans hypothèse de refinancement38,24134,44631,21227,55524,95822,552
Montant du gain annuel0,5504,3457,57811,23613,83216,239
Gain cumulé0,5504,89512,47323,70937,54153,780

 

Le gain annuel ne devient important qu’à partir de la 3ème année du mandat du nouveau Président (2020).

On fait ensuite une seconde hypothèse, ou l’on considére que la puissance publique rachète progressivement la dette existante à partir d’emprunts faits à la BdF, à un taux de 0,1%. Les rachats se font en 2017 pour la période 2018-2021 et en 2018 pour la période 2022-2066. On obtient alors les gains suivants :

Tableau 2

Hypothèse 1 : gains liés au refinancement à taux « 0% »

2017 (mai-décembre)20182019202020212022 (janvier-avril)
Coût annuel supposé38,79138,79138,79138,79138,79138,791
Coût avec rachat38,24023,8691,1611,0200,9000,814
Montant du gain annuel0,54914,92137,62937,77037,89037,976
Gain cumulé0,54915,47153,10190,871128,761166,738

Le gain devient quasiment maximal dès 2019. Il dégage alors l’équivalent de 1,85% du PIB (en 2016) par an en dépenses publiques, et au total (cumulé) de 166,7 milliards soit 8% du PIB (en 2016) sur l’ensemble du mandat présidentiel.

La récupération des moyens de gérer la dette publique hors des marchés financiers apporte donc une marge de manœuvre pour le budget, qui se voit en fait déchargé du poids non du principal mais des intérêts. Les gains apparaissent d’autant plus importants que l’Etat s’engagerait dans une politique de rachats anticipés de la dette négociable.

3 réponses
  1. jean
    jean dit :

    Bonsoir,
    très compliqué à comprendre tous ces tableaux… dommage.
    J’essaierai de relire tout ça, avec un peu de recul sur les différents termes techniques ça pourra peut-être passé.
    Merci en tout cas

  2. Jérémy Bacon
    Jérémy Bacon dit :

    Bonjour,
    Malgré mon bac + 6 (je suis donc un méritocrate agréé par la Macronie), je ne comprends pas bien cet article (qu’est-ce qui est une donnée d’entrée ou un donnée de sortie? Comment arrive-t-on au gain cumulé dans les 2 derniers tableaux). Par quoi dois-je commencer ? Qu’est-ce qui manque à un ingénieur (spécialité: la supply chain) pour mieux comprendre l’article?
    Merci d’avance pour votre réponse.

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